Au PS triomphant, la droite en héritage… - Libération

  • Par prodduck
  • Le 2012-07-01 22:59:26
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Si l’on veut bien revenir un instant sur cette affaire du Smic, «Salaire minimum, symbole maximum», comme titrait mardi Libération, force est d’admettre qu’elle fut dès le début mal engagée.

Datons ce début, qui correspond à celui de la campagne présidentielle de François Hollande, frais investi à l’automne 2011, au sortir de la primaire socialiste. Battant estrades électorales et tambours programmatiques de son rigoureux pragmatisme, le candidat prônait, face à la crise, la «relance» par la consommation. Certes, c’était mieux que de promouvoir, comme la droite, la surtaxation des pauvres et la suppression de toutes les allocations ; pourtant, dès cet instant, nous aurions dû nous méfier et nous souvenir que la première fonction d’un salaire minimum, c’est la survie physique et morale de ceux et celles qui le touchent. Car de la survie ou de la relance, quand un vœu pieusement consensuel clame partout que «l’une ne va pas sans l’autre», l’ordre effectif des priorités définit, bien plus qu’un programme, une philosophie ; la solidarité contre l’assistance, bien sûr, mais aussi tout ce qui en théorie oppose la gauche et la droite.

Les urnes ayant parlé et clairement rejeté la proposition du Front de gauche d’un Smic à 1 700 euros net (au terme de la législature), on ne refera pas ici le match ni aucune polémique avec les arrogants experts de la science économique, qu’ils soient recrutés par le PS ou par le Medef. Considérant depuis 2008 leurs performances, leurs prévisions, leurs diktats et leurs oukases, ainsi que les catastrophes qui se sont ensuivies, on invitera cependant lesdits experts, qu’ils se réclament de la droite ou de la gauche, à le prendre d’un peu moins haut…

Le montant du «coup de pouce» ayant donc été rendu public, on n’épiloguera pas non plus sur ce que représente, en termes de pouvoir d’achat, hors inflation, ce dérisoire 0,6%. Tout au plus l’appréciera-t-on, au mieux, comme l’expression d’une fuite en avant au pas gymnastique, empirique «ni survie - ni relance» abondamment et partout commenté, et qui d’emblée n’eut vocation que d’amuser le tapis sans satisfaire personne. Le paradoxe est que cette aumône en forme de crachat fut bien mieux perçue par le Medef que par la CFDT même. Bizarre, ça… Pas tant que cela.

Pour la droite en général et le Medef en particulier, la semaine dernière encore, tout «coup de pouce» serait de trop, puisque «préjudiciable à l’emploi». A voir les amis de Mme Parisot si mal dissimuler la banane de leur contentement en louant l’initiative raisonnablement «équilibrée» de nos roses gouvernants, le smicard peut se demander si l’on ne s’est pas un petit peu foutu de sa gueule, là… Et se dire que, tant qu’à faire pleurer le patron, une significative augmentation du Smic de, disons, 6% - soit l’équivalent de l’augmentation annoncée du prix du tabac en septembre - l’eût au moins fait pleurer pour quelque chose…

La proposition est devenue inaudible, et partant, informulable, comme toutes celles qui poseraient le primat du politique sur l’économique ; et a fortiori quand l’économique va à vau-l’eau et qu’on s’obstine, de sommet ultime de la méthode Coué en pèlerinage de la dernière chance, à combattre ses incendies avec la poudre à canon de toujours plus de rigueur. Simultanément, une propension toujours plus naturelle à tout estimer sur le très court terme d’un très aléatoire «combien ça (me) coûte ?» constitue l’héritage de dix années de droite au pouvoir. Comme si, privé d’Etat là où l’Etat lui est le plus nécessaire, le citoyen s’était résolu, et pour longtemps, aux raisons sarkoziennes de la Révision générale des politiques publiques, sorte de «guide du suicide» pour sociétés en cours de décomposition sociale.

Ainsi va toute chair, ainsi s’apprécie toute performance - et plus volontiers celle d’un footballeur de la sélection nationale que d’un patron du CAC 40 - quand la crise partout cherche des boucs émissaires. Tout naturellement, le ministre Valls, de l’Intérieur, recycle le concept sarko-bessonien de «l’appel d’air» pour les clandestins, mais n’en expulsera pas moins, fût-ce dans des conditions dignes et humaines et blablabla… Mais tout naturellement aussi, la condamnation à trente années de réclusion des parents tortionnaires de la très jeune Marina, suppliciée à mort, peut encore se plaider sans que les juges s’émeuvent outre mesure du comportement criminel de fonctionnaires qui fonctionnèrent, ni surtout de celui de ce Jean-Marie Geveaux, président (UMP) du conseil général de la Sarthe, qui les couvrit…

Mais je m’égare… L’émotion, sans doute… Que l’Elysée ni Matignon n’en prennent pas ombrage. Après tout, l’un ni l’autre ne nous avaient promis de changer la vie…

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