La présidence tournante de l'UE en perte d'influence - Le Figaro

La montée en puissance du couple franco-allemand et le mille-feuille institutionnel en limitent l'action.

7af54aa2-323d-11e1-9c8a-3f69ced2348e-1.jpgPoids lourd de la Nouvelle Europe, la Pologne passe ce dimanche le relais au Danemark, qui inaugure un cycle de présidences tournantes assurées jusqu'en décembre 2013 par de «petits pays» de l'Union européenne. Petits en termes de superficie, de population ou de PIB. Au Danemark succéderont en effet Chypre, l'Irlande et la Lituanie. Alors que l'Europe traverse une crise économique dont on voit encore mal l'issue, quel peut être le rôle de ces États dont certains n'appartiennent pas à la zone euro et qui devront de surcroît composer avec une pléthore d'institutions concurrentes?

À de rares exceptions, comme celle de la France en 2008 ou de l'Allemagne en 2007, la présidence tournante n'a jamais été un élément moteur de la politique européenne. Le traité de Lisbonne, entré en vigueur en décembre 2009, a limité encore ses prérogatives et réduit sa visibilité avec la création d'un président du Conseil européen et d'un Haut Représentant pour les Affaires étrangères.

 

La voie fédérale

Labyrinthe institutionnel aussi kafkaïen qu'onéreux, l'UE compte aujourd'hui quatre présidences: le président du Conseil européen (Herman Van Rompuy), le président de la Commission européenne (José Manuel Barroso), le président du Parlement européen (Jerzy Buzek) et la présidence tournante de l'UE assurée pendant six mois par un État membre. Soit une superposition de sphères d'influence sans pouvoir décisionnaire réel, mais relativement lucratives lorsqu'on sait que MM. Van Rompuy et Barroso perçoivent des salaires s'élevant à plus de 350.000 euros par an.

 

 


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«Du point de vue du simple citoyen, c'est négatif. On n'y comprend rien», estime Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman à Paris. Un avis partagé par Guillaume Sarrat de Tramezaigues, économiste à Sciences Po: «En réalité, la présidence tournante ne détient qu'un seul pouvoir: celui de déterminer l'ordre du jour des sommets européens. Sauf que tout le monde veut mettre son grain de sel: le président du Conseil, la Commission, la BCE et bien évidemment le couple franco-allemand qui pèse de tout son poids, soit 43 % de la production de l'UE. On peut parier que la rationalisation de ce système institutionnel devenu trop complexe sera la prochaine étape après celle de la mise en place d'une réelle gouvernance économique dans l'UE. Sur ces deux dossiers, seule la voie fédérale semble en mesure d'améliorer de manière significative le fonctionnement de l'UE. L'ennui est que les États membres ont du mal à s'y résigner.»

Reste, selon Jean-Dominique Giuliani, que ces présidences tournantes présentent un intérêt pédagogique: «Elles obligent les États membres à chausser des lunettes européennes, c'est-à-dire à adhérer au projet européen. Elles leur permettent aussi de projeter à l'extérieur une certaine image de leur pays en donnant une impulsion à des dossiers qui leur sont chers.»

 

Des positions eurosceptiques

Un objectif atteint avec plus ou moins de succès comme en témoignent les présidences slovène (2008), tchèque (2009), hongroise (2011) ou polonaise. Pour le président de la Fondation Robert Schuman, «la présidence slovène s'est révélée techniquement réussie parce qu'elle a eu l'intelligence de coopérer étroitement avec la France et l'Allemagne pour la signature du traité de Lisbonne. En revanche, les présidences tchèques et hongroises se sont révélées contre-productives en raison des positions ouvertement eurosceptiques de leurs dirigeants» (le président tchèque Vaclav Klaus et le premier ministre hongrois Viktor Orban). Force est de constater également que la Pologne, qui comptait faire du sommet du Partenariat oriental un moment fort de sa présidence, n'a pu signer l'accord d'association avec l'Ukraine ni élargir la zone Schengen à la Roumanie et à la Bulgarie.

Elle est restée également en retrait sur la crise de la zone euro, qu'elle n'a pas encore intégrée. «Peut-être parce qu'elle ne se sentait pas vraiment concernée, remarque Guillaume Sarrat de Tramezaigues. La Pologne a réussi sa dévaluation compétitive qui a stimulé son activité économique au détriment de ses partenaires européens. Du même coup, elle pourrait être tentée de conserver sa souveraineté monétaire.»

 

 

Monnaie liée à l'euro

À en croire cet économiste, ce ne sera pas le cas du Danemark, dont la monnaie est liée à l'euro dans le cadre du Mécanisme de change 2 (MC 2), et des pays qui lui succéderont à la présidence tournante de l'UE. «Une union monétaire fonctionne lorsque ses membres présentent des situations et des objectifs macroéconomiques similaires. Les petits pays étant les plus sensibles aux variations de leur monnaie, ils ont besoin davantage que les autres d'une monnaie stable pour favoriser leur croissance. Ce sont par conséquent les plus motivés pour adhérer à la zone euro et nous pouvons parier que leur priorité sera de régler la question de sa gouvernance.»

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