Syrie : pourquoi la Russie a viré de bord à l'ONU - Figaro

ap-churkin-468.jpgEn dévoilant jeudi un projet de résolution à l'Onu condamnant la répression en Syrie, ce qu'elle avait jusqu'alors refusé de faire, Moscou tente de préserver ses intérêts dans le pays et dans la région.

«La position de la Russie devenait intenable»: ce constat d'un diplomate occidental à l'ONU traduit la prise de conscience qui a conduit Moscou à prendre ses distances avec le régime de Damas, dix mois après le début d'une répression qui a fait 5000 morts. Lundi, l'ambassadeur russe à l'ONU, Vitali Tchourkine, qui exerce la présidence tournante du Conseil de sécurité, s'était dit «troublé» par ce bilan des victimes, dans un rapport officiel des Nations Unies. La description «effroyable» des violences infligées à la population syrienne avait suscité l'indignation des membres du Conseil, dont celle de l'ambassadeur français.

En Russie, cette indignation a commencé à trouver un écho dans la presse et dans l'opinion, au moment où la fraude électorale observée lors des récentes élections suscite un fort mécontentement. Mais, selon les observateurs à l'ONU, c'est avant tout le constat que le régime de Bachar el-Assad est désormais condamné qui a conduit Moscou à faire volte-face.

La Russie fournit de longue date des armes à la Syrie, son principal allié dans la région. Outre ses intérêts commerciaux, Moscou dispose également de points d'appui sur le territoire de ce vieux partenaire, principalement la base navale de Tartous. «Les autorités russes n'ont pas intérêt à un pourrissement de la situation. Elles anticipent une transition dans laquelle Moscou tient à avoir sa place», analyse un diplomate.

Selon cette source, la volonté des Russes de préserver leur influence mise à mal dans une région balayée par les révolutions arabes explique également cette prise de distance inédite avec Bachar el-Assad. Depuis le début des révoltes en Tunisie et en Egypte, Moscou a montré une grande crispation, ne cachant pas son regret d'avoir voté la résolution 1973 du 17 mars autorisant le recours à la force en Libye.

D'après les observateurs, le mouvement opéré par la Russie est d'autant plus significatif qu'il a de de toute évidence été coordonné. Jeudi, en effet, les grands pays émergents du Conseil de sécurité, comme le Brésil, sont en effet montés au créneau pour défendre le projet de résolution russe. Ce texte, qui évoque les violences «exercées par toutes les parties» et élude toute sanction contre Damas, doit maintenant être «amélioré», ont indiqué Paris et Washington.

L'ampleur de ces amendements donnera la mesure, dans les prochaines semaines, de l'aggiornamento diplomatique de Moscou vis à vis du drame à huis-clos qui se joue en Syrie.

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