Kadhafi, « L'affaire » polémique - Enquête

  • Par prodduck
  • Le 2012-04-17 19:40:24
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Le président Sarkozy avait soulevé la colère de nombreux Français en accueillant Kadhafi à l'Élysée en grande pompe à la fin de 2007, l'autorisant même à ériger sa tente dans les jardins du Palais présidentiel. Pourquoi traiter ainsi ce clown odieux? En cette fin de campagne présidentielle française, une explication émerge.

kadhafi2.jpgLe site de journalisme d'enquête français Médiapart a publié récemment un document qui suggère que Kadhafi a largement financé la campagne présidentielle de Sarkozy de 2007. On parle d'une somme d'environ 60 millions de dollars. Le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke enquête sur le dossier dans le cadre plus vaste d'irrégularités dans le financement des partis politiques français. Il a du pain sur la planche! Sarkozy nie avec véhémence les allégations: «S'il m'avait financé, alors je n'ai pas été très reconnaissant», a-t-il déclaré au sujet de Kadhafi.

Et pourtant… Rappelez-vous. Sarkozy a été lent à se mettre du côté des «printemps arabes». Ses ministres ont continué de fréquenter des hauts dirigeants des dictatures égyptiennes et tunisiennes bien après qu'il était devenu indécent de le faire. Quand les troubles ont pris de l'ampleur en Libye, Sarkozy a compris que c'était l'occasion ou jamais de se distancier du dictateur libyen et de se reconvertir en apologiste des révolutions arabes.

L'explication vaut encore plus si Kadhafi a été un de ses bailleurs de fonds. Il fallait faire quelque chose de vraiment spectaculaire pour effacer les soupçons et se faire pardonner ses accointances passées avec le dictateur lunatique. Avant même que le vote du Conseil de sécurité de l'ONU sur la question soit complété, des dizaines d'avions avaient décollé de bases en France en direction de la Libye. On leur doit d'avoir sauvé l'opposition libyenne en détruisant la colonne blindée qui s'apprêtait à prendre Benghazi sans défense où elle était réfugiée.

Ce ne serait pas la première fois que des présidents français, de droite comme de gauche, reçoivent du financement occulte de despotes africains assis sur des fortunes provenant du pétrole ou d'autres richesses naturelles. Lorsque j'étais correspondant à Paris dans les années 80, le journaliste d'enquête Pierre Péan avait révélé dans son livre-choc Affaires Africaines comment l'inénarrable Omar Bongo du Gabon avait financé François Mitterrand et le PS.

Il y a eu aussi la sombre histoire des «diamants de Bokassa» jamais complètement résolue. L'empereur erratique du Centre-Afrique aurait fait des cadeaux mirobolants au président Giscard d'Estaing (dont l'impératrice, disent des mauvaises langues). Pour éviter que l'affaire éclate, Giscard décide de renverser Bokassa. Des agents secrets du SDECE accompagnent les parachutistes qui s'emparent de son palais présidentiel pour y retirer toutes les preuves compromettantes pour Giscard avant que l'opposition puisse y avoir accès.

Pour en revenir à Sarkozy et à Bongo, un ancien conseiller du président Gabonais défunt, Mike Jocktane, a écrit l'année dernière dans un livre,  Le scandale des biens mal acquis, que Bongo avait aussi contribué à la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy.

Jocktane parle d'un système bien rôdé. «Quand un homme politique français se rend au Gabon, on dit qu'il vient chercher sa mallette... Une part importante de ces dons a fini dans les poches des bénéficiaires. Il y a eu beaucoup d'enrichissement personnel.»

Il ajoute: «Les remises de mallettes effectuées dans le bureau du président étaient filmées par des caméras cachées. Tout était enregistré sur vidéo… l'un des moyens de pression de Libreville sur Paris.» Selon lui, c'est ce qui explique l'empressement avec lequel Sarkozy a reconnu l'élection frauduleuse d'Ali Bongo à la succession de son père en 2009.

Ces révélations suivaient celles d'un ancien conseiller de l'ombre de plusieurs présidents français pour l'Afrique, Robert Bourgi, qui affirmait avoir remis 20 millions de dollars  au président Jacques Chirac et à son Premier ministre, Dominique de Villepin de la part de présidents africains.

En échange de ces dons, les dictateurs amis de la France comptent sur elle pour envoyer des parachutistes les tirer d'affaire si jamais les choses tournent mal. Dans le cas de Kadhafi et de Bokassa, Sarkozy et Giscard ont plutôt choisi l'option inverse.

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