«Moi, président, asseyez-vous» - Chronique

Tout s’est passé comme prévu : il y avait un capitaine, il y avait une tempête, il y a eu un naufrage. Comme Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy n’a fait qu’un seul mandat. Mais c’est aussi un peu la norme. Grâce à la cohabitation, François Mitterrand et Jacques Chirac n’étaient pas vraiment des présidents sortants. Ils avaient l’avantage de la posture présidentielle sans avoir l’inconvénient du bilan : pour ça, ils avaient un Premier ministre vers qui se tourner. «Le bilan, c’est lui. Il n’est pas un simple collaborateur, mais l’ordonnateur, le grand maître du bilan.» «Le changement, c’est maintenant» : espérons que ce n’était pas juste dimanche soir, le changement, que ce n’était pas hier qu’on rasait gratis. La primaire plus la présidentielle plus les législatives, c’est une longue marche qui n’en finit plus. La démocratie est plus rapide en Chine. A quand la quille électorale ?

François Hollande a déjà fait ce que François Mitterrand a fait de mieux : gagner. Sa situation actuelle est telle que, quoi qu’on dise, c’est le moment ou jamais de faire des petites blagues ; il peut être assuré que son public sera bon public. Mais le chef du protocole de l’Elysée va avoir du boulot. Déjà, il faudra déterminer la place de la première concubine de France («The First Concubine»). Et puis c’est un homme qui n’y a jamais régulièrement siégé qui présidera le Conseil des ministres. Il risque de demander à tout moment : «Et maintenant, qu’est-ce que je dois faire ?» On imagine les premiers mots de François Hollande à l’auguste assemblée du gouvernement. «Moi, président, bonjour. Moi, président, asseyez-vous. Moi, président, on les a bien niqués. Moi, président, levez la main ceux qui n’y croyaient pas. Plus haut.» Le chef du protocole aura aussi à répondre aux dirigeants étrangers : «Il faut lui dire "Toi, président" ?» Si Laurent Fabius obtient, comme on l’annonce, le Quai d’Orsay : «Monsieur le ministre des Affaires étrangères, Flamby vous écoute.» Mais, un président normal, ça veut également dire : «Ne comptez pas sur moi pour faire des miracles.» C’est aussi parce qu’on savait que, de toute façon, on allait devoir pédaler dur qu’on a préféré un capitaine de pédalo.

Tout à coup, Nicolas Sarkozy a fait pschitt. L’exaspération personnelle contre lui semble être vite tombée, c’est comme s’il était moins intéressant après avoir perdu. Le voici à la retraite (de président, 6 000 euros mensuels) à 57 ans, peut-être un peu aigri que tout le monde ait semblé surpris parce qu’il a fait un discours digne dimanche soir. A l’UMP, ça va être lourd de repartir aux législatives avec le même programme. La défaite est fichue de ne pas leur donner un nouvel élan, un surcroît d’enthousiasme. C’est comme s’ils avaient sauté dans un trou tandis que les socialistes le faisaient sur un trampoline et qu’il fallait déterminer qui allait rebondir le mieux. Mais qui sait ? Avec le président battu, on n’a pas envie d’en rajouter tellement on voit que des ennuis, au moins judiciaires, l’attendent. Il va connaître ça, le cumul des mandales, il n’est pas sorti de l’infirmerie. Il risque d’avoir le pantouflage amer.

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