Trouble de l'Eurovision - Chronique

  • Par prodduck
  • Le 2012-05-28 12:38:16
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Tam-tam-tamtamtam-tam-taaaam… Non, interdit. Ni on ne chante l’hymne de l’Eurovision ni on ne cite le nom de son compositeur, dont le prénom évoque un général romain et le patronyme un métier manuel (le premier qui répond «César Plombier» sera le représentant de la France l’an prochain). Ni on n’écrit «ding-a-dong» ni on ne mentionne ce groupe suédois au nom ambigrammique qui, depuis sa victoire en 1974, voit systématiquement un candidat s’inspirer de ses neu-neu refrains. Depuis le temps que, chaque année, nous remplissons consciencieusement notre devoir eurovisionnesque, c’est devenu trop fastoche. On a bien pensé à l’écrire à cloche-pied ou les yeux bandés, mais s’imposer des interdits, c’est plus rigolo. Et plus il y en a, plus on rit : nous n’utiliserons pas non plus ces incunables de l’Eurovision que sont «Papa Pingouin», «Marie Myriam» ou «one point». Pas plus de «sirtaki» ni, bonjour le défi, de «saloperie de coalition des anciennes républiques soviétiques qui continuent de voter entre elles résultat c’est toujours elles qui gagnent». Et puisque nous volerons ce samedi sur France 3, à partir de 21 heures, vers la capitale de l’Azerbaïdjan, aimable dictature où les opposants sont non seulement embastillés et torturés mais en plus privés d’Eurovision, aucune vanne à base de «bas», de «cul», ni de «Baku». Allez, on lance l’hymne dont on n’a pas le droit de dire le nom.

Les classiques

A écouter les 42 chans… Ben quoi ? Evidemment qu’on s’est appuyé les 42 chansons, on est des professionnels, oui même l’horrible fado circa 1973 du Portugal, oui même l’immonde scie autotunée d’Anggun, la candidate française qui n’a pas la moindre chance de succéder à qui vous savez. A les écouter, donc, ces 42 titres ontologiquement ringards, un sentiment de quiétude nous a envahis : quand nous circulerons tous dans de petits hélicoptères et que nous nous téléporterons de siècle en siècle, eh bien, il y aura toujours un mec à l’Eurovision pour bramer que «la chanson n’a pas de frontière, ni de langue, ni de couleur». Cette année, c’est une Bulgare qui s’y colle, mais c’est pareil. Autre classique, le passage à la tierce. Toute chanson de l’Eurovision qui se respecte se doit, aux deux tiers, de monter d’une tierce. C’est comme ça. Ainsi la ballade de la Croate : zou, la tierce pile au moment où on s’est regardés en se disant : «C’est super chiant, non ?» Magie. Enfin, il y a l’obligatoire enfilage de phrases types en anglais piochées dans le dictionnaire Rick Astley for Beginners : dans This Is the Night (déjà…), Kurt Calleja, bichon maltais, nous déclare successivement «Time to believe», «I’m flying high» et «Can’t you see this is killing me». Le reste du temps, il fait «hey, hey, hey».

Les scandales

Il y a eu, en 2008, le scandale de l’élimination de Dustin la dinde irlandaise (c’était une chaussette, enfin une marionnette, hein). Il y a eu, en 2011, la honteuse éviction de Homens da Luta, trotskistes portugais chantants. Et on n’échappe pas, cette année, au représentant brindezingue lâchement écarté lors des demi-finales par un vote laissé à l’appréciation de la normative populace. Alors qu’on nous aurait confié la sélection, à nous, les finalistes auraient eu une autre gueule. Les Israéliens Izabo, genre de gothiques rockabilly astucieusement revisités par la Bande à Basile, évidemment on les aurait pris. De même Rambo Amadeus. Comment la soi-disant démocratie des SMS surtaxés a-t-elle pu négliger ce candidat monténégrin dont le nom seul valait passeport pour la finale et la chanson, Euro Neuro, slam sur notre belle monnaie, ticket pour le podium ? Quant à l’Autriche, nous tenons à présenter à ce fier peuple les excuses officielles de la France. Pardon de n’avoir pas assez voté pour vos augustes représentants, les Trackshittaz, rappeurs option 8.6° dont la mise en scène à base de barres de pole dance et de danseuses équipées de lumières LED soulignant élégamment leurs arrière-trains nous a ravis. Et dont la puissance sociale du flow craché à nos faces de petits nantis a secoué nos consciences : «Woki mit deim popo !» Oh oui, bougeons tous nos popotins.

Les gagnants

A ceux qui réduisent l’Eurovision à une kitschissime caricature de poupée espagnole posée sur la télévision, nous disons non. Oui, le concours vit avec son temps. Et nous sommes au regret de vous annoncer que la chanteuse britannique Adele a fait des petits. En Italie avec l’une des favorites, Nina Zilli et son l’Amore è femina. En Allemagne avec un sérieux prétendant au titre, Roman Lob, mec mal rasé avec des boucles d’oreilles (vous voyez le genre). En Albanie aussi avec Rona Nishliu qui chante Suus (oh, ça va les vannes pourries, qui vous dit qu’en albanais votre nom ne signifie pas «scrotum» ?) On note également une tendance Lady Gaga incarnée par les jumeaux chimiques irlandais de Jedward (oui, ils nous avaient déjà pourri les esgourdes l’an dernier) et, avec une légère inflexion Kate Bush dans la chorégraphie tarée, par la Suédoise Loreen, donnée favorite, mais sur laquelle on ne mise pas un Krisproll. La mode Shakira touche également, certes avec retard, l’Eurovision avec la Grecque Eleftheria Eleftheriou (ben oui) qui fait également montreuse de culotte. Et Mandinga, que l’organisation nous présente comme «le meilleur groupe latino de Roumanie» (dont la chanson est ainsi traduite : «Le parfume du vent me baise / Quand tu me touches et me baises, ça me fait danser»). Mais on vous parie un eurobond que la victoire se jouera du côté des vieux qui infestent le concours cette année. Peut-être le Britannique Engelbert Humperdinck, 76 piges, qui ressemble à s’y méprendre à la fois au père et à la mère de Tom Jones. Plus assurément, Buranovskiye Babushki. Soit un groupe de mémés russes qui, à elles six, ont bien 32 dents et autant de siècles. Leur prestation, ce samedi, fera sensation. Costumes traditionnels, choré d’enfer incluant la cuisson live de gâteaux et ces paroles hululées façon chant des steppes techno que nous vous laissons méditer : «Mon chat est joyeux, et mon chien est joyeux / Le bonheur déborde / C’est la joie !»

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